… et courent aux causes

Quelle entreprise extraordinaire et assommante que celle de Perec ici ! Tout le dégueulis des objets, tout le vernis parfumé des décors, toute la crasse imposante du drapé général, tout cela au lieu d’écraser les deux personnages, au lieu d’abasourdir leur voix (n’étant toujours qu’un, même lorsqu’ils se disputent) leur sert de tremplin. Même enfoncé au fond des inventaires à la Préverc, englouti sous l’océan de babioles, on finit toujours par rattraper le fil du « ils ».

Là où Exercices de Style de Queneau semble tenir sur le seul jeu, ici, bien que non dites, bien que cachées, les règles se sentent au détour des répétitions, des citations et des formes. Je serais incapable d’en énumérer une mais on sent que la lourdeur et le pâté de certains paragraphes tient à cette armature soutenant « ils » et leurs rêves d’objets et d’ambiances. C’est que même sous la forme vaine, sous la contrainte absurde, sous la marelle d’écolier, le talent de Perec pointe toujours dans l’arrangement et les interstices où se dessine un portrait sans chichi du quidam et de sa vie, sans moral et sans psychologie non plus.