Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Un texte assez viscéral, une très belle plume (ou une belle traduction), une exposition à la fois complète et poignante et un final d’une simplicité et d’une beauté très très calmes font de cette petite dizaine de pages parues dans un magazine suédois – Notre besoin de consolation est impossible à rassasier – une pièce d’orfèvre. Si Stig Dagerman vous met devant les yeux l’absurdité et l’horreur de votre humaine condition (la nôtre, qui, comme la mort mais pas comme la masturbation, ne se pratique qu’en solo), il le fait pour vous dire que lui aussi ça lui reste en travers de la gorge. Notre besoin de consolation est impossible à rassasier paraît-il, dit-il. Pourtant, lui-même admet chercher partout la consolation et, fait étonnant, la trouver. La trouver là où il ne voudrait pas la trouver, dans le plaisir empoisonné par l’eau de la petite morale, dans la gloire suspendue au fil de la vieille parque aveugle, dans une misanthropie illusoire. Mais la trouver aussi là où elle n’existe pas : dans l’éternité et dans la beauté.

« Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie ».

La consolation est ici et maintenant mais elle nous fait bien comprendre que « la vie », la petite succession d’habitudes qu’on appelle « ma vie » ne l’est pas si je n’suis pas souverain, d’une manière ou d’une autre. Et cette souveraineté suffit à reprendre courage, à porter le fardeau d’une vie qui n’est pas la consolation de la mort et à chercher celle qui l’est, quand elle l’est et pour qu’elle le soit. On est bien loin du constat pessimiste lambda, de celui qui vise la mort en cherchant l’absolu – c’est l’inverse que fait le Stig. C’est pour amender la mort et non la vie que Dagerman propose son réquisitoire contre la consolation.