Bergson postcolonial

Cette reprise de deux conférences portées par Souleymane Bachir Diagne sur le rapport de Sanghor puis Iqbal à Bergson ne sont pas des « avancées décisives dans l’étude de la pensée bergsonienne ». Au contraire, de Bergson il ne reste (heureusement ?) que la conception non-spatiale du temps et l’élan vital. Chic ! On commence par le dessert. Mais c’est bien en géographe aidé du pont bergsonien que Souleymane Bachir Diagne fait traverser l’œuvre de refondation de l’islam de l’indien Mohamed Iqbal par les courants de la kalâm et de la philosophie la plus classique (Leibniz et fatum mahometanum). Dieu ne devient pas sous les doigts bergsonisés d’Iqbal l’horloger du futur ni le retardataire de Newton ni non plus le Carpe diemiste des Sociniens. Dieu devient bergsonien.

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Dieu devient bergsonien donc : le futur n’existe que par le présent vivant sur les forces du passée. Pas de calcul omnipotent pour le futur, pas de correction a posteriori, la Création retrouve la nécessité morale leibnizienne et la divinisation de la réalité spinoziste sur les deux doigts d’une même main, celle du musulman Iqbal. Ainsi, adorer Dieu c’est aller dans le sens de l’élan vital et non pas mettre toute son énergie à le ralentir (la durée c’est du temps donc de l’argent) ou s’enfermer dans des philosophies d’entendement (cf. ce hadith commenté par Leibniz puis Souleymane Bachir Diagne). L’activisme d’Iqbal se trouve ainsi conforté par la prescience métaphysique de Bergson. Si Dieu est mort tout reste possible. S’il ne l’est pas, les ordres révélés du Coran sont clairs et demandent à aller dans le sens de la vie, celui de l’élan vital, de la création, de l’actualisation du virtuel etc. C’est à ce moment que la force de composition de Souleymane Bachir Diagne se révèle pour avoir saisi dans une toile de 11x18cm l’entièreté de deux traditions religieuses et philosophiques en ayant l’air de regarder ailleurs, chez le colon.

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